La relation de confiance

patient / chirurgien

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L'acte de chirurgie esthétique ou restauratrice me semble un acte à part dans le domaine chirurgical.

Afin d'aboutir à sa réussite, qui tient autant à des facteurs physiques que psychologiques, cinq éléments me semble fondamentaux :

- La maturation décisionnelle

- L'équipe médicale

- La rencontre avec le chirurgien

- Le contrat entre le patient et son chirurgien

- Le respect mutuel

Introduction

La maturation

"décisionnelle"

La maturation décisionnelle est le délai qui sépare deux prises de décision négative et positive, d'ordre psychologique :

La prise de position négative correspond à l'inacceptation d'une zone morphologique de son corps, qui devient inadaptée au sentiment profond de la représentation de sa propre image corporelle réelle ou désirée.

Une pesanteur s'installe alors. Cette pesanteur est certes psychologique, mais elle somatise progressivement. Elle empêche la personne d'évoluer vers le bien-être et la grâce.

C'est une période de souffrance psychologique où le miroir reflète une image de soi devenant de plus en plus insupportable.

La prise de position positive est un début de décision de réaction, de lutte, contre cette pesanteur, cette douleur : "Je ne peux plus rester ainsi" ; "Je ne me supporte plus".

Les remèdes, diversement associés peuvent être d'orde :

- psychologique (psychanalyse, philosophie, création artistique, hypnose voire auriculothérapie);

- physique (activité sportive qui sculpte le corps, maîtrise les sentiments, les passions et maintient les organes en bon état de fonctionnement) ;

- chirurgical (la réparation exigeante qu'est l'acte créatif de chirurgie esthétique).

Ce délai de maturation "décisionnelle" est toujours long; au moins un an. Un délai insuffisant, précisé par un interrogatoire minutieux, doit faire surseoir à l'intervention.

Il me semble que la souffrance psychologique subie durant cette période est l'une des clefs de la réussite chirurgicale.

L'acte de chirurgie esthétique ou réparatrice est donc un acte touchant le corps, mais également l'âme, qui, alourdi par la pesanteur à la fois physique et psychologique, vont se répandre en grâce, en beau, en vrai.

Le chirurgien, humblement, pourra orienter ses patients vers tels praticiens de son équipe, s'il juge que le moment de l'acte chirurgical est inadapté.

L'équipe

médicale

L'acte chirurgical esthétique isolé est très souvent insuffisant pour améliorer l'état du patient et j'apprécie les notions de "prise en charge globale" de son patient par une équipe médico chirurgicale.

Plusieurs praticiens, tous aussi compétents, se concertent et collaborent pour chaque patient, le chirurgien restant le chef d'orchestre :

De famille, médecin anesthésiste, médecin esthétique, dermatologue, gynécologue, préparateur physique, kinésithérapeute, endocrinologue, diététicien, esthéticienne, esthéticienne tatoueuse, médecin psychologue, psychiatre, auriculothérapeute, et enfin chirurgien et son propre staff.

Ce travail d'équipe, qu'il soit pré et / ou post opératoire est essentiel à la conduite d'un traitement le plus souvent global et pluri factoriel, indispensable à la réussite du fait chirurgical.

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La rencontre

avec le chirurgien

Le chirurgien doit être choisi suivant ses qualités humaines et ses compétences professionnelles.

Le chirurgien doit être ancien interne, ancien chef de clinique, si possible chirurgien, ce qui peut sembler un pléonasme, et ayant fait "ses classes" pendant de nombreuses années dans les hôpitaux.

C'est le conseil de l'ordre des médecins qui a le rôle capital de divulguer les compétences exactes de chaque chirurgien.

Un autre médecin et à fortiori votre médecin de famille peut orienter vers un chirurgien compétent.

Attention, néanmoins, car la "dichotomie" (versements pécuniers entre médecin) existe, notamment dans les grandes agglomérations.

Le "bouche à oreille" entre patients déjà opérés est important, voire fondamental. Il faut néanmoins se méfier des conseils donnés par des patients non opérés et des conseils donnés par des instituts de beauté ou des salons de coiffure car le versement d'avantages en nature sont malheureusement possibles.

L'information médiatique, particulièrement à l'air du web, des blogs et des youtubeurs, doit être également prise avec beaucoup de précaution. Un praticien qui travaille beaucoup et qui travaille lui-même, n'a, ni le besoin, ni surtout le temps de s'épancher dans les médias, sauf peut-être, lorsqu'il a une idée forte et novatrice à promouvoir.

Le contrat

entre le patient et son chirugien

Il s'agit en fait d'un pacte où trois éléments fondamentaux doivent être finement étudiés :

- le désir exact et raisonnable du patient;

- l'évaluation précise et partagée de ce qui est "beau";

- l'évaluation de ce qui est réalisable par le chirurgien suivant l'état anatomique, physiologique et psychologique de son patient.

Cette notion va être développée car elle me semble fondamentale.

L'homme poursuit dans sa quête du bien-être et du bonheur des objectifs matériels, tels les honneurs et l'argent, inaccessible au plus grand nombre. Il devient malheureux, malheur encore exacerbé par le bonheur d'autrui, certains se délectant même de la souffrance des autres. De là, pesanteur physique et psychologique, envie, haine, violence, guerre. L'homme est également à la poursuite des biens périssables, telle la beauté, la santé, qu'il sait qu'il les perdra un jour ou l'autre, comme la vie, d'où crainte, tristesse, désespoir.

Le partage de la même notion du beau.

J'entends souvent : "le beau, c'est très subjectif". Ceci, à mon sens, est faux. La Vénus de Milo ou la Piéta de Michelangelo sont des faits humains beaux et ceci est vrai, car l'humanité l'a jugé depuis des siècles. Seule l'humanité entière peut juger du beau. l'humanité seule est objective.

Le beau est un fait humain créatif (peinture, sculpture, musique, poème), ou inhérent à l'homme (beauté physique d'un être) qui ne laisse pas modifier et salir par les critiques incessantes, presque obligées, propre à la nature de l'homme peu raisonnable.

Le beau dispose immédiatement le corps selon le bonheur. Devant le beau, c'est d'abord le corps qui réagit de manière sensitive, réflexe, et ensuite seulement, l'esprit, le cerveau, s'activent posément.

Mais le beau, s'il peut déclencher l'appétit sexuel, nourrit peu l'esprit. Il le pose seulement en état de grâce et le somme de commenter. Les commentaires sont toujours d'une puissance inférieure. On admire le beau par réflexe et sa compréhension ne vient qu'après, si elle vient...

Le génie est le talent (don naturel) donné à l'artiste par la nature pour "fixer à l'art sa règle" disait KANT.

Et c'est peut-être là, par la description et l'acceptation de certaines règles, que le fait chirurgical peut rejoindre le fait artistique. Et, c'est répéter, que les plus étonnantes inventions de chirurgie esthétique et restauratrice, sont souvent proche de l'ordinaire. Toujours "surfer sur la nature" et ne jamais la contraindre.

C'est donc à partir d'une base morphologique, d'une forme préexistante, et avec un travail répété, une réflexion assidue et une poursuite inlassable de l'imitation du beau, que l'on peut décrire certaines règles. Mais il faut aussi dire qu'il y a très peu de différence entre un beau visage et un visage laid, une courbe infléchie ou un peu relevée, et la beauté éclate.

Certaines règles de beauté, adaptées à chaque patient, doivent être précisément évoquées et validées avant l'acte opératoire.

Le beau est parfois impossible à cause du désir même du patient qui inévitablement donnera du laid. Il faut savoir orienter, et en cas d'incompréhension, savoir et pouvoir récuser.

Ce qui est réalisable par le chirurgien suivant l'état psychologique général et l'état anatomique local de chacun.

Il faut faire beau et vrai. Oui mais, parfois, l'intervention est irréalisable à cause de contre-indications opératoires 'trop de risques généraux pour accepter une intervention qui reste une intervention esthétique et non obligatoire).

L'interrogatoire complet précisera les facteurs de risque, notamment cardiovasculaires et thromboemboliques. Prudence chez les fumeurs ! L'intoxication tabagique doit être quantifiée, en sachant que les risques pulmonaires deviennent majeurs à partir de 20 paquets-année (soit un paquet par jour depuis 20 ans). L'arrêt de l'intoxication un mois avant l'intervention est conseillée, parfois associée à une prescription médicamenteuse.

Un bilan complet est impératif ainsi qu'une parfaite préparation avant l'intervention :

- consultation de cardiologie ayant pour but de dépister des troubles cardiaques méconnus, associé à un électro cardiogramme, complété au moindre doute par une échographie cardiaque.

- bilan biologique pré opératoire complet.

- consultation d'anesthésiologie effectuée environ 10 jours avant l'acte opératoire et surtout jamais dans les 48 heures qui le précède.

- veino-toniques, prescrits 8 jours avant l'acte, et surtout, anticoagulants, administrés presque systématiquement la veille et durant l'hospitalisation.

Les risques peuvent également être locaux, à cause de considérations anatomiques particulières ou bien généraux physiologiques en rapport avec une réaction personnelle anarchique d’œdème et de cicatrisation.

Le patient doit être prévenu et le consentement éclairé doit être signé avant l'intervention.

Enfin, tout chirurgien doit connaître ses propres limites chirurgicales, et doit savoir jusqu'où il peut aller sans dépasser les limites de l'irréparable tant sur le plan local que sur le plan général. Des exemples sont nombreux : le lifting cervico facial dont le décollement, s'il est trop large, chez une personne fumeuse, peut entraîner une nécrose cutanée difficilement récupérable surtout si elle est étendue ; et encore, la plastie abdominale ou même la plastie mammaire associée qui, imprudemment à un geste supplémentaire, surtout chez une patiente à risque, peut entraîner une phlébite post opératoire et éventuellement une embolie pulmonaire secondaire parfois fatale.

Tout geste chirurgical inadapté ou exessif doit être réparable immédiatement, ou bien secondairement, et de manière simple

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La respect mutuel

du chirurgien et de son patient

Le respect du chirurgien pour son patient, c'est d'éprouver l'envie de l'opérer, envie de lui donner, généreusement, une partie de ses propres forces profondes, intenses et vitales.

L'énergie dispersée lors d'une matinée opératoire équivaut à mon sens à celle consommée lors de l'examen de philosophie ou de mathématiques du baccalauréat, souvenez-vous !

Décider d'opérer, puis opérer son patient de sorte à lui donner autant avec la même ardeur, la même foi, la même volonté, la même intimité créatrice, qu'il soit inconnu ou quotidiennement proche.

Il faut pouvoir dire non, ne pas opérer un patient que l'on ne sent pas, dont la raison s'égare, évidemment en dehors de toute amitié car il est essentiel de toujours garder la distance nécessaire pour éviter tout transfert.

Le patient doit également respecter son chirurgien, car certains exigent et exigent encore, sans respect. A ce propos, ma méfiance se portera chez les femmes de plus de 70 ans. Il faut savoir et pouvoir dire non.

Outre l'énergie dispensée lors de l'intervention, où l'attention est intense et où l'on puise profondément au fond de soi même, il est important de considérer les heures qui suivent l'intervention, qui nécessitent également beaucoup d'attention, de dévouement et de force, développés par l'équipe soignante, dès la salle de réveil et jusqu'à l'obtention du résultat final, c'est à dire la satisfaction du patient et peut être sa gratitude.